« Il faut […] remettre les attentes du citoyen au centre des politiques publiques de sécurité dans une démarche d’apaisement et de dialogue» – Claudine Angeli Troccaz, adjointe du Défenseur des droits


De bonnes relations entre citoyens et forces de sécurité sont une condition déterminante pour permettre à la population de se sentir en sécurité et à la police de travailler efficacement et sereinement. Si une partie du rapprochement relève des forces de sécurité de l’État elles-mêmes, les collectivités locales et associations peuvent également jouer le rôle d’intermédiaire pour contribuer à améliorer ces relations. De ce fait, nous sommes ravis d’accueillir, pour la 11ème édition du Prix Prévention de la Délinquance (PPD), le Défenseur des droits comme membre de jury dans la catégorie « amélioration des relations forces de sécurité-population ». L’adjointe du Défenseur des droits en charge de la déontologie dans le domaine de la sécurité Claudine Angeli Troccaz nous a accordé une interview pour nous partager la vision du Défenseur des droits sur les relations police-population et le PPD.

Quels constats faites-vous sur l’évolution des relations police-population et quels sont selon vous les défis aujourd’hui ?

« Dans un contexte de lutte contre la menace terroriste et de profonde mutation des rapports entre les citoyens et leurs institutions, on assiste depuis quelques années à une exacerbation des tensions dans l’exercice des missions des forces de l’ordre et à une crise de confiance dans les relations entre les citoyens et leur police. L’augmentation et la répétition des violences à l’occasion des opérations de maintien de l’ordre en sont une illustration très préoccupante.

Face à ce constat, il est nécessaire de dépasser les exigences paradoxales réclamant à la fois davantage de sécurité pour les citoyens et un exercice renforcé de leurs droits et libertés, pour restaurer le lien de confiance indispensable au bon fonctionnement de nos sociétés démocratiques. »

Quelles sont aujourd’hui les priorités du Défenseur des droits pour améliorer les relations police population ?

« Au regard des enjeux de sécurité, il faut sortir des logiques comptables de moyens ou de surenchère qui alimentent les peurs et l’affrontement, et remettre les attentes du citoyen au centre des politiques publiques de sécurité dans une démarche d’apaisement et de dialogue. Dans cette perspective, le respect des normes déontologiques et la mission de service du public doivent être placés au cœur des dispositifs de sécurité et conduire à une évolution des cultures et des pratiques professionnelles.

La valorisation des règles d’éthique professionnelle dans les missions de sécurité est déterminante pour garantir l’effectivité de l’État de droit tout en facilitant le travail des forces de l’ordre car, loin d’être un obstacle à leur action, elles sont un guide dans l’exercice quotidien de leurs missions pour mieux répondre aux besoins de la population qu’elles servent. De même, les missions de service du public et de dialogue doivent être privilégiées, notamment par un meilleur ancrage local des acteurs de sécurité, pour restaurer la légitimité des professionnels et contribuer à la cohésion sociale. »

Vous avez accepté de représenter le Défenseur des droits dans le jury du PPD : en quoi ce prix et la participation du Défenseur des droits vous semblent-ils importants ?

« La participation du Défenseur des droits au Prix Prévention de la Délinquance s’inscrit dans le cadre de ses échanges avec les acteurs engagés en faveur de la protection et de la promotion des droits et libertés, pour contribuer à l’efficacité d’actions nationales ou locales et au développement de bonnes pratiques. Par sa démarche ascendante « bottom-up », la valorisation d’initiatives locales du PPD est une approche intéressante pour mieux répondre aux attentes des citoyens et pour contribuer à un rapprochement dans les relations police/population. »