Assises de la sécurité des territoires 2021 du FFSU Les acteurs locaux font le point sur leurs attentes et leurs pratiques en matière de sécurité


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Les Assises de la sécurité des territoires du FFSU se sont tenues du 11 mars au 2 avril 2021. Organisées en ligne en raison des restrictions sanitaires, elles ont réuni plus de 150 acteurs de la sécurité-prévention. Des représentants de collectivités territoriales et de l’Etat, des opérateurs privés et du monde associatif se sont joints aux discussions, autour de six sessions thématiques.

L’édition 2021 s’inscrivait dans une période riche en actualités pour la sécurité : mise en œuvre attendue de la stratégie nationale de prévention de la délinquance, Beauvau de la sécurité, déploiement des contrats de sécurité intégrée… Elles ont permis de faire le point sur ces évolutions et de continuer à faire remonter les besoins des citoyens, les pratiques et attentes des acteurs locaux.

Six thématiques étaient à l’honneur lors de cette semaine : la vie nocturne, la prévention des rixes, le partenariat entre l’État et les collectivités territoriales, la mesure de la délinquance, la délinquance des mineurs et plus spécifiquement le rôle de la justice, le métier de coordonnateur prévention-sécurité.

Cette édition des Assises s’inscrivait dans la continuité des travaux du FFSU et notamment du Livre blanc pour la sécurité des territoires : prévention, sanction, cohésion sociale, qui sera actualisé prochainement à la lumière des échanges, résumés ci-dessous.

 

Vie nocturne et sécurité : échanges autour du Livre blanc des États généraux du droit à la fête, en partenariat avec la Plateforme de la Vie Nocturne

Le FFSU a organisé le 11 mars 2021 une visioconférence pour échanger autour des préconisations du Livre Blanc des Etats généraux du Droit à la Fête porté par le Collectif Culture BarBars, en présence de Denis Talledec, Directeur de Culture BarBars et Président de la Plateforme de la Vie Nocturne.

Les participants ont souligné le fait que la vie nocturne et la fête font partie de la vie d’une ville. La fête ne peut être empêchée ou ignorée, elle existe et est notamment essentielle à la cohésion sociale, au bien-être physique et mental. Dans le contexte de crise sanitaire actuelle, des régulations sont particulièrement importantes mais il convient de les inscrire dans une politique de réduction des risques et non d’une illusoire interdiction. 

A partir de ce constat, des spécificités de la nuit et de la fête et des besoins qu’elles engendrent, les préconisations de ce livre blanc ont été discutées :  la mise en place d’un Conseil National de la Vie Nocturne, de cellules d’appui COVID locales pour accompagner la sortie de crise des lieux gravement impactés (bars, clubs, …) ou encore l’installation de zones d’urgences temporaires de la fête pour encadrer le phénomène des free parties qui sont des vrais défis à l’accompagnement en santé publique et prévention.

 

Rixes entre jeunes : comment renforcer la prévention ?

Les échanges ont permis d’aborder les enjeux de définition du phénomène mais également les logiques de territoires, la place des pairs et des familles ainsi que l’impact des réseaux sociaux dans ce type d’affrontements. 

Les phénomènes de rixes sont protéiformes et mouvants. Les facteurs territoriaux sont explicatifs et structurants du phénomène mais les rixes ne sauraient se résumer aux territoires : la causalité est souvent floue et ce sont parfois des histoires insignifiantes pour l’extérieur qui génèrent un embrasement. Les rixes sont les matérialisations d’un phénomène social plus profond. La question de l’identité juvénile qui repose sur des logiques honorifiques se mêle à des logiques de territoires. 

Plusieurs canaux de prévention ont été discutés : 

  • Le recours à des pairs est un moyen d’accéder aux jeunes et peut avoir davantage d’impact que les activités dispensées par des professionnels
  • L’accompagnement de parents en difficulté face à des situations de violence
  • L’investissement des réseaux sociaux tant via de la veille que par un accompagnement aux usages

 

Stratégie nationale et territoires, quels partenariats pour la prévention de la délinquance ?

Le FFSU a invité Christian Gravel, Secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), à échanger autour de la stratégie nationale de prévention de la délinquance (SNPD) et des évolutions de la gouvernance de la sécurité. 

Roger Vicot, Maire de Lomme et Président du FFSU, a rappelé l’attachement des membres du FFSU au rôle des maires en matière de prévention de la délinquance et à la nécessité de construire les politiques locales sur la mesure des besoins et attentes des citoyens, dans leur diversité. Il a souligné la volonté de dialogue entre les collectivités territoriales et l’Etat, à l’heure où le FFSU observe une forme de recentralisation de la prise de décisions en matière de sécurité et, dans le même temps, un transfert de compétences et de charges financières vers les collectivités territoriales. 

Christian Gravel a présenté la nouvelle SNPD et a indiqué que celle-ci  s’inscrit dans une volonté d’horizontalité, en lieu et place de la verticalité jusqu’ici dominante. Elle refléterait le nouveau positionnement de l’Etat aux côtés des collectivités en matière de prévention et de lutte contre l’insécurité. Il a souligné l’importance de l’implication des élus locaux et du travail partenarial avec les associations de terrain pour leur expertise de terrain.

Les échanges ont ensuite porté sur le contrat de sécurité intégrée et plus largement le partenariat entre l’Etat et les collectivités territoriales.

 

Aller au-delà des chiffres police-justice : Comment mesurer l’insécurité dans les villes ?

En présence de Loline Bertin, adjointe au Maire déléguée à la tranquillité publique, à la brigade propreté, à la prévention et la vie nocturne au sein de la ville de Montreuil et de Yann Crombecque, adjoint au Maire de la ville de Villeurbanne chargé de la sécurité, prévention de la délinquance, jeunesse et éducation populaire.

Lors de cet échange, les participants se sont accordés pour dire que les chiffres police-justice, bien qu’intéressants pour connaître l’activité des services, ne suffisent pas pour analyser l’insécurité réelle et le sentiment d’insécurité au sein des villes. Ces chiffres doivent être complétés par des données qualitatives issues d’autres outils de mesure tels que les enquêtes sur le sentiment d’insécurité, les marches exploratoires, les conférences de consensus ou encore les cahiers de doléances…

L’implication des citoyens semble indispensable en raison de leur expertise d’usage. Un des principaux éléments à retenir de cette séance est que l’implication des citoyens dans l’évaluation de l’insécurité ne doit pas se faire uniquement de manière ponctuelle mais doit s’inscrire dans la durée.  Il convient également de multiplier les formats de consultation et co-production avec les citoyens afin de pouvoir associer les différentes catégories de population.

 

Délinquance des mineurs : comment la justice s’implique-t-elle au quotidien ?

En présence de Julie Hubau, magistrate et Rédactrice au bureau de la législation et des affaires juridiques au sein de la Direction de la Protection judiciaire de la Jeunesse  et de Grégoire Turkiewicz, Coordonnateur CLSPD et Chef du service prévention de la délinquance de la Ville de Marseille. 

Aujourd’hui, la justice des mineurs est réformée pour apporter des réponses plus rapides et plus efficaces à la délinquance juvénile.  Les objectifs de cette réforme sont de simplifier l’Ordonnance de 1945 et de réduire les délais.  

Ainsi, cette réforme met en place deux temps au sein de la procédure avec l’instauration de l’épreuve éducative et établit également la présomption de non-discernement en dessous de 13 ans. En revanche, aucun changement majeur concernant la participation des familles n’a été relevé au sein de la réforme.

Cette séance a donné l’occasion notamment de pouvoir échanger sur ces évolutions de la justice des mineurs ainsi que sur les dispositifs développés par les collectivités territoriales. Ainsi la Ville de Marseille a pu notamment présenter le solide partenariat avec la Justice concernant l’absentéisme scolaire des 11-15 ans afin d’impliquer davantage les familles concernées.

Pour de nombreux participants, le défi demeure de développer et d’assurer le travail partenarial entre les mairies et l’Education Nationale, qui apparaît crucial dans le champ de la prévention et du traitement de la délinquance des mineurs.

 

Réunion nationale annuelle des directeurs et coordonnateurs prévention-sécurité : 30 ans d’évolutions du métier

La réunion nationale annuelle des coordonnateurs prévention-sécurité avait pour finalité d’évoquer les grandes tendances de l’évolution du métier ainsi que de revenir sur l’accompagnement du FFSU tout au long de celle-ci. En effet, le FFSU, fort de son expérience auprès des collectivités sur les thématiques de prévention et de sécurité, a pu soutenir la reconnaissance progressive de la profession pour laquelle il s’est très tôt engagé, conscient des apports cruciaux du coordonnateur pour les politiques locales de sécurité. 

L’évolution du métier de coordonnateur laisse entrevoir de nouveaux savoir-faire et de nouvelles prérogatives à venir tels que : la capacité de négociation avec l’Etat, la clarification du partage des rôles entre l’élu et le coordonnateur, le développement du lien avec les habitants, l’acquisition de connaissances en politiques publiques de prévention et leur évaluation, le développement de lien avec des entreprises dans une approche globale, la sensibilisation aux garanties des libertés publiques et aux problématiques rencontrées sur les réseaux sociaux, ou encore la reconnaissance affichée du coordinateur auprès de la justice.

L’importance de renforcer la formation ainsi que les dispositifs d’entraide tels que le mentorat a également été évoquée.