« Il faut permettre à ce que les policiers et gendarmes soient véritablement intégrés, partie prenante des territoires dans lesquels ils interviennent » Jacques de Maillard


de maillard

Le Prix prévention de la délinquance 2020 consacre une thématique à l’amélioration des relations forces de sécurité-population. De bonnes relations entre citoyens et forces de sécurité sont une condition déterminante pour permettre à la population de se sentir en sécurité et à la police de travailler efficacement et sereinement. Précisions avec Jacques de Maillard, membre du jury cette année, Professeur de science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin et Directeur du CESDIP (Centre de recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales).

1. Quels constats faites vous sur l’évolution des relations forces de sécurité-population et quels sont selon vous les enjeux aujourd’hui ?

Le niveau de satisfaction générale vis-à-vis des forces de l’ordre est relativement élevé (entre 60 et 80 % d’opinions favorables en fonction de la façon dont la question est posée), en revanche, le niveau est plus faible quand il s’agit de questions plus précises (est-ce que la police traite riches et pauvres de la même manière ? Est-ce que la police justifie son action ?) ou que l’on parle de la satisfaction vis-à-vis des services. Par ailleurs, on voit surgir dans les quartiers prioritaires toutes les tensions entre forces de police et jeunes. Je crois qu’il y a là un enjeu fondamental : améliorer la qualité de service aux usagers dans leur diversité. Il faut parvenir à valoriser cette qualité du travail policier, et le rendre plus opérant dans la façon dont les services de police fonctionnent. Il faut permettre à ce que les policiers et gendarmes soient véritablement intégrés, partie prenante des territoires dans lesquels ils interviennent. Il convient pour cela de convaincre les policiers, ce qui n’est pas simple, parce qu’au quotidien, ils sont confrontés aux difficultés de leurs interventions et peuvent nourrir un certain scepticisme quant à leur relation avec le public. Il faut doter les policiers d’outils (par la formation, par le management) pour mieux prendre en compte cette dimension qualitative de leur travail.

2. En quoi les acteurs locaux (collectivités locales, représentants locaux de l’Etat, associations, …) vous semblent-ils pertinents pour répondre à cette problématique ?

Les services de police n’ont pas la totalité de la réponse aux questions d’insécurité, souvent liées d’ailleurs à des questions de qualité de vie (propreté, nuisances sonores, etc.). Pour lutter contre la délinquance ou les incivilités, pour apaiser les tensions dans un quartier, le rôle des associations, des travailleurs sociaux (éducateurs, médiateurs, etc.), des services publics municipaux (dont les polices municipales) mais aussi de la communauté éducative sont essentiels. Et du coup, il est très important que les policiers aient cette compréhension des territoires, au-delà de la seule dimension de la délinquance qui leur est rapportée. Tant la compréhension des phénomènes d’insécurité que les réponses apportées passent par une logique de coproduction. Les villes peuvent contribuer à cette coproduction par l’animation des dispositifs partenariaux, par la diversité des services dont elles ont la responsabilité, il en est de même pour les services de l’Etat au niveau local (des représentants de la préfecture aux services de l’équipement en passant par l’Education nationale). Et ce paysage institutionnel (chargé) ne doit pas conduire à négliger les habitants.

3. Vous avez accepté de participer au jury du prix prévention de la délinquance : pourquoi ce prix vous semble-t-il important ?

Le prix est très important. Traditionnellement dans les forces de police, on pense de façon descendante. On décide d’une politique, et on l’applique localement. Avec tout ce que cela a de positif (égalité, économies d’échelles), mais aussi tout ce que cela peut comporter d’effets négatifs : rigidité et inadaptation aux problématiques locales. La logique du prix permet de renverser cette logique par l’identification, la valorisation et la capitalisation des initiatives locales réussies.

>>> Retrouvez les informations pour candidater auPrix prévention de la délinquance

>>> Lire les recommandations du FFSU pour “Redonner à la police une mission première de service aux citoyens” dans sonlivre blanc pour la sécurité des territoires.