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En quoi s’investir en faveur de la coproduction des politiques de
sécurité avec les citoyens est-il prioritaire pour vous aujourd’hui ?
Notre
système pénal et carcéral est à bout de souffle (surpopulation
carcérale, jusqu’à 63% de récidive). Alors qu’ils constituent des
éléments essentiels de notre démocratie et de notre vivre ensemble, la
justice et le système carcéral sont mal connus des citoyens, suscitent
méfiance et peinent à mobiliser. En effet d’après l’IFOP, 1 Français sur
2 déclarait en 2019 ne pas avoir pas confiance dans la Justice et, en
2018, les jeunes étaient 2 fois plus méfiants vis-à-vis de l’institution
pénitentiaire. Il nous paraît donc urgent de redonner du pouvoir d’agir
aux citoyens sur ce sujet de société : d’une part pour une prévention
de la délinquance et de la récidive, qui soit à la fois humaine et
efficace et, d’autre part, pour une justice pénale de proximité avec les
personnes condamnées, les territoires et la population.
> Quels conseils donneriez-vous pour mettre en œuvre une action similaire à la vôtre ?
Le
sujet pénal et carcéral est tabou et difficile d’accès. L’un des freins
vient du fait que la prison reste un milieu opaque et que les individus
intéressés se sentent souvent illégitimes, démunis ou isolés. Il y a
donc un fort enjeu de sensibilisation pour déconstruire les idées reçues
et informer sur les possibilités d’action. L’éducation populaire
regorge de ressources pour y parvenir (chez Possible, par exemple, plus
de 20 formats différents ont été créés, de l’Apéro-justice au Jeu de l’oie carcéral).
Nous prêtons en outre une attention particulière à conclure nos
interventions par une note positive en valorisant les solutions mises en
place et les possibilités d’engagement.
Du
point de vue de la mise en place, la sensibilisation nécessite
adaptation, des compétences pédagogiques et d’animation. Par manque de
temps et de moyens, elle est donc souvent développée de façon annexe par
les structures. Nous avons pris le parti d’en faire notre cœur de
métier et de proposer kits et formations pour mettre à disposition
d’autres structures notre expérience, nos outils et notre réseau
d’intervenants.
> En quoi postuler au PPD était-il important pour vous et que vous apporte le fait d’être lauréat ?
Souvent
vu comme technique et tabou, le sujet pénal et carcéral nous paraît
être un des grands oubliés de notre société avec des conséquences
sociales, sanitaires, démocratiques et économiques néfastes. En
sélectionnant notre association vous contribuez selon nous à le rendre
visible. Vous permettez en outre de montrer qu’il est possible de
comprendre et d’agir dans ce secteur en y associant optimisme, ambition
et innovation.
Nous
espérons que cette mise en visibilité contribuera à créer un appel
d’air sur ce sujet et favorisera le développement de partenariats !
> Quelles sont les perspectives de développement de votre action ?
Concernant
l’axe sensibilisation, après avoir expérimenté nos actions sur la
Métropole de Lyon, nous avons amorcé leur déploiement national en créant
des kits pédagogiques et formations pour tout citoyen ou structure
souhaitant dupliquer ces formats sur son territoire. Nous avons ainsi
déjà accompagné une association à organiser 2 “Apéros-justice“
à Marseille et venons de former 3 personnes (dont une personne
anciennement détenue) en vue de l’organisation de ces formats à Brest et
Orange.
Notre
objectif : animer depuis Lyon – notre territoire d’expérimentation et
d’innovation – une communauté nationale pour démultiplier notre impact.
>>> En savoir plus sur le Prix Prévention de la Délinquance
