Petit-déjeuner débat : violences et discriminations dans le football amateur


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Si le sport amateur est un vecteur de cohésion sociale, il est encore trop souvent touché par des manifestations d’intolérance et des violences discriminatoires. Le 20 novembre dernier, le FFSU a proposé un débat avec La Fédération Française de Football, qui a présenté un état des lieux des violences et des discriminations dans le football amateur, ainsi que les outils mis en oeuvre et perspectives de partenariat avec les collectivités locales pour répondre à ce problème.

« Les élus, quelle que soit la taille des communes, se trouvent régulièrement confrontés aux questions de discriminations et de violences dans le sport. Il nous a semblé important d’échanger sur ce sujet pour envisager des formes de travail en commun entre les autorités locales et les fédérations sportives ». Roger Vicot, président du FFSU, a présenté l’importance que revêt ce thème pour les collectivités locales, puis Germain Le Garrec, Président de la commission fédérale des actions citoyennes et sociales, et Matthieu Robert, Chef de projet actions citoyennes et sociales de la Fédération Française de Football (FFF), ont partagé un état des lieux chiffré des violences et des discriminations dans le football amateur en France, avant de présenter les outils et moyens de communication mis en œuvre par la fédération pour juguler ce phénomène. Les échanges avec la vingtaine de participants ont également porté sur la question des partenariats entre clubs et collectivités locales.

Violences et discriminations : un phénomène observé dans le football amateur

Selon Germain Le Garrec, « avec 1 million de matchs par an, 30.000 matchs par semaine et 15.000 clubs actifs, le football est le sport le plus important en France ». Pour juguler le phénomène des violences et des discriminations dans le football amateur, la Commission fédérale des actions citoyennes de la FFF a mis sur pied depuis 2006 un Observatoire des comportements qui permet de recueillir et de suivre l’évolution des données et de développer des actions pour prévenir, éduquer, réparer et, enfin, de valoriser les actions positives.

Pour Matthieu Robert « chacun des organisateurs des matchs dispose ainsi d’un outil qui permet d’enregistrer les incidents. Il permet l’identification des rencontres à risque, de recenser les clubs concernés et d’avoir une photographie des incidents. Il ne s’agit pas de contrôler les clubs mais de pouvoir les aider s’ils rencontrent des difficultés ».
Accessibles pour les collectivités territoriales auprès des districts géographiquement compétents, les chiffres de l’observatoire peuvent nourrir des diagnostics locaux de sécurité.

Données sur les violences et discriminations pour la saison 2018-2019 :

  • 12 431 matchs sur les 676 225 couverts par l’Observatoire ont été concernés par au moins 1 incident violent.
  • 95 matchs ont été concernés par au moins un acte raciste, une augmentation de 25% par rapport à la saison 2017-2018.

S’ils permettent de mettre en évidence l’existence du phénomène et de dégager une tendance du nombre d’actes de violences et de discriminations dans le football amateur, les chiffres de l’Observatoire doivent être manipulés avec précaution : bien que 98% des districts contribuent à l’Observatoire, tous les incidents ne sont pas signalés, et inversement, la montée en puissance de l’observatoire permet de disposer de données inexistantes auparavant, ce qui ne signifie pas pour autant que le phénomène est nouveau ou en augmentation. A noter que la majorité des incidents signalés sont commis par des joueurs et non par des supporteurs.

Un impact négatif sur la cohésion sociale

Le sport peut contribuer à la cohésion sociale. Il peut notamment renforcer le civisme et la solidarité; enseigner aux jeunes les principes d’une compétition saine ; véhiculer les valeurs de respect, de tolérance et de dépassement de soi ; contribuer à renforcer la cohésion sociale, et favoriser la mixité culturelle et de genre.

Cependant, certains sports sont encore trop souvent le théâtre de manifestations d’intolérance et de violences. Que ce soit dans le monde du sport ou en dehors, les violences discriminatoires restent insuffisamment prises en compte, alors qu’elles ont un double impact sur la cohésion sociale : direct sur la victime et indirect sur l’ensemble d’une communauté.

Pour Roger Vicot, « il est essentiel de s’attaquer aux racines de ces violences et de renforcer la prévention afin d’obtenir des effets sur le long terme ». Les collectivités territoriales ont un rôle à jouer dans l’approche préventive du phénomène ; elles connaissent en effet les enjeux locaux et ont des compétences en matière de prévention de la délinquance et de cohésion sociale (voir les recommandations du livre blanc pour la sécurité des territoires du FFSU).

Des actions concrètes pour réduire le phénomène

Le Forum européen pour la sécurité urbaine (Efus) et le FFSU ont élaboré et contribué à de nombreux travaux sur la question de la lutte contre les violences et les discriminations dans le sport. C’est dans cette dynamique que s’est inscrit le Prix européen pour l’inclusion sociale par le sport organisé par l’Efus en 2015. Cette initiative a permis de récolter près de 200 pratiques en provenance de 18 pays, témoignant ainsi du dynamisme et de la mobilisation locale en la matière. Dans la continuité, l”Efus pilote actuellement le projet Match sport dont l’objectif est de rendre le sport amateur plus tolérant et de réduire le racisme et la discrimination.

De son côté, la FFF peut prendre des sanctions, aussi bien à l’encontre des clubs (rappel à l’ordre, amende, suspension et remboursement des frais), qu’à l’encontre des joueurs (rappel à l’ordre, suspension, amendes, emprisonnement et transfert de responsabilité quand un mineur est mis en cause). En rappelant l’intérêt des signalements des faits les plus graves auprès des instances de football, Matthieu Robert a affirmé que l’action de la fédération en matière de prévention des violences et des discriminations peut être améliorée, notamment par le biais de « la systématisation des signalements des incidents de la part des instances du football, la systématisation des suites à donner de la part des autorités, et l’accompagnement des ligues et districts dans l’utilisation de l’observatoire». Ce qui nécessite également une implication de la ville en terme de remontée des informations et de signalement des incidents en amont et en aval des matchs.

Avec le concours de partenaires, la fédération a réalisé trois vidéos visant à prévenir les incivilités, la délinquance et la récidive. Les thèmes abordés sont axés sur le respect des équipements sportifs, la lutte contre le racisme et les discriminations, les agressions envers les officiels. La fédération a également déployé un programme éducatif fédéral dont l’ambition est de promouvoir les valeurs éducatives dans le football et de répondre aux problématiques rencontrées. Dans la même dynamique, elle a mis en place un guide visant à prévenir les mauvais comportements dans le football amateur.

Des pistes de travail pour renforcer les partenariats

Les intervenants ont souligné l’importance du positionnement du club de football comme un acteur à part entière de la vie locale, de la prévention primaire et des stratégies locales de prévention de la délinquance. Ils ont conclu en proposant que les clubs de sport soient parties prenantes des Conseils locaux ou intercommunaux de prévention de la délinquance (CLSPD et CISPD) et notamment des groupes de travail sur la jeunesse, allant même jusqu’à suggérer la création de groupes dédiés à la violence et les discriminations dans le sport amateur.