« Parler de participation c’est parler d’efficacité de l’action publique, tout simplement », Khalid Ida-Ali, président de l’Inter-réseau des professionnels du Développement Social Urbain


Pour la 11ème édition du Prix Prévention de la Délinquance (PPD), nous sommes ravis d’accueillir l’Inter-réseaux des professionnels du Développement Social Urbain (IRDSU) comme membre de jury dans la catégorie « co-construction des politiques de sécurité avec les citoyens ». Directement concernés par les politiques publiques mises en œuvre et fins connaisseurs des réalités de leurs territoires, les citoyens sont des acteurs à part entière des stratégies locales de sécurité. Cette participation doit être renforcée pour passer de la consultation, à laquelle elle est souvent réduite, à une véritable co-production. Le Président de l’IRDSU Khalid Ida-Ali nous a accordé une interview pour nous partager la vision de l’IRDSU sur la participation citoyenne et le PPD.

Quels constats faites-vous aujourd’hui de la participation citoyenne à l’action publique ?

« Elle est plébiscitée par tous sans être au rendez-vous. Le développement social et urbain en a fait un pilier de l’action publique il y a déjà plus de 40 ans, mais force est de constater qu’entre la théorie et la pratique, il y a un delta qui peut s’expliquer par de nombreux facteurs.

Elle cherche encore ses marques dans un environnement où elle n’est pas culturellement ancrée.

Elle est très institutionnalisée et cadrée. Si l’on creuse réellement, il est difficile de pouvoir se satisfaire de la situation. La question du sens est souvent posée et les habitants s’interrogent régulièrement sur l’utilité des dispositifs.

L’institution et l’action publique doivent être bien plus claires sur la place donnée aux habitants et mieux définir la prise en compte de cette parole. C’est le nouveau gap que nous devons nous imposer pour être cohérents avec nos déclarations d’intention. Pourquoi ne pas commencer par « poser le cadre » de manière participative plutôt que solliciter la participation dans un cadre préalablement posé. De la même manière, oser co-concevoir, co-construire, co-évaluer… sous formes participatives.

Malgré tout, des initiatives naissent indépendamment du cadre institutionnel et elles sont souvent très intéressantes. Elles doivent pouvoir être accompagnées et alimenter nos réflexions. »

En quoi cela vous semble-t-il pertinent d’intégrer les citoyens dans la production des politiques de sécurité?

« Ne serait-ce que pour la pertinence du diagnostic à réaliser préalablement à toute action publique ! Cela permet de penser à des détails auxquels les techniciens ne pensent pas et inversement puisqu’il s’agirait de co-formation. Parler de participation c’est parler d’efficacité de l’action publique, tout simplement. Et on fait pour eux donc c’est évident. Ils sont l es premiers concernés et sont détenteurs d’une expertise d’usage qui permet de garantir la connexion de la politique publique avec son sujet et pour être sûr de ne pas tomber à côté. D’ailleurs ne devrions-nous pas questionner ce « faire pour » et le remplacer par « faire ensemble.

De plus, l’expérience a montré que faire avec permet une meilleure appropriation. On fait pour les habitants c’est donc évident qu’il est nécessaire de faire avec et non sans. »

L’IRDSU a accepté d’être membre du jury du PPD : en quoi ce prix et votre participation vous semblent-ils importants ?

« L’IRDSU a mis au cœur de son projet l’échange de pratiques, le partage d’expériences, conscient des vertus extraordinaires de l’intelligence collective. Les témoignages de membres de notre réseau renvoient souvent au gain de temps et de qualité que celui-ci leur a permis. Il n’est pas rare d’entendre « j’ai gagné plusieurs années ». Il est toujours très intéressant d’entendre comment une autre personne, dans un autre territoire, s’est attaquée à une même question, quelles réponses a-t-elle essayé de mettre en œuvre, comment elle s’y est prise et les écueils par lesquels elle est passée. C’est aussi tout simplement un gage d’efficacité professionnelle.

L’esprit du PPD n’est pas la compétition, de déterminer un champion, mais bien l’idée de valorisation des initiatives locales dans le but de promouvoir, faire connaitre, partager et essaimer. Nous nous y reconnaissons pleinement et c’est tout à fait l’esprit de ce que l’on défend quotidiennement.

De plus, si le sujet de la sécurité et de la prévention de la délinquance occupe une bonne partie du DSU et s’il est central dans nos pratiques et préoccupations professionnelles, c’est un sujet que l’IRDSU souhaite développer. Nous avons ainsi engagé un rapprochement avec le FFSU l’année dernière et cette collaboration en est une matérialisation concrète qui, je l’espère, en préfigurera d’autres tout aussi fructueuses ! »