Enjeux et défis de la Police de Sécurité du Quotidien


21.12.217 Petit déjeuner débat

 

Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, la police de sécurité du quotidien (PSQ) vise notamment à renforcer les liens police-population. Professeur de science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines, et directeur adjoint du Cesdip, Jacques de Maillard a analysé les enjeux et les défis de cette nouvelle police lors d’un petit-déjeuner débat organisé par le FFSU le 21 décembre 2017.

 

Une réforme, trois enjeux

La PSQ doit tout d’abord apaiser les relations police-population. Jacques de Maillard note que « certains territoires sont marqués par un fort rejet de la police […] en particulier par des populations qui sont le plus en contact avec l’institution policière ». Alors que 82% des Français ont une opinion favorable de la police, il existe de grandes disparités  entre certaines catégories de la population. Ainsi, 34% des jeunes ne lui font pas confiance, et 40% la jugent raciste. Aussi, la PSQ doit aussi mieux répondre aux besoins locaux, mal pris en charge par l’appareil policier très centralisé. Enfin, un des enjeux de cette réforme est de prendre en compte et de s’attaquer au malaise des agents.

 

Établir de bons partenariats avec les collectivités territoriales

Principal défi de la réforme : la coordination des forces nationales et municipales, actuellement encadrée par des conventions de coordination. Jacques de Maillard relève d’ailleurs les limites du dispositif : « De nombreuses conventions ont été signées, il faut maintenant les faire vivre. […] On ne doit pas séparer les tâches mais police nationale et municipales doivent collaborer. […]. L’enjeu plus large est celui la coopération opérationnelle et de la fluidité de l’échange d’information. » Cela permettra de mieux prendre en compte la singularité des territoires. Le professeur de science politique appelle également à associer les collectivités territoriales. La circulation, les contrôles routiers et les trafics relèvent certes des compétences de la police. Mais associer les autres services des collectivités permet afin d’avoir une meilleure compréhension des problèmes et de dépasser la logique purement répressive.

 

Impliquer les citoyens

« Pour renouer le dialogue avec les habitants, il est indispensable de reconnaître l’expertise citoyenne.» poursuit Jacques de Maillard. Une telle démarche permet de mieux identifier les besoins locaux et comporte une dimension pédagogique. Elle permet à la police d’informer les citoyens sur ses contraintes opérationnelles et de disséminer des informations importantes pour son travail. Pour réussir, il est néanmoins indispensable d’inscrire ces  actions dans la durée, d’y associer tous les échelons hiérarchiques de la police et d’intégrer les populations éloignées des institutions.

 

Redéfinir les pratiques managériales de la police

Plus qu’un simple ajustement aux attentes de la population et des policiers, la réforme implique un véritable changement culturel au sein de l’institution policière. La formation, les méthodes de management mais aussi l’évaluation des agents doivent être adaptées.  « Il faut valoriser la capacité des policiers à traiter les problèmes sur le terrain, […]et diversifier les scènes d’évaluation » complète Jacques de Maillard. Il propose ainsi de consulter le maire ou encore de rendre des comptes au niveau infra-communal, au niveau des quartiers.

Enfin, l’auteur de « Polices comparées » a rappelé la nécessité de ne pas surcharger les dispositifs existants dans des administrations déjà marquées par une complexité institutionnelle forte. Il recommande une approche flexible à l’image d’autres pays européens qui ont mis en place des dispositifs similaires. Loin d’apporter des réponses définitives, ils évoluent et fonctionnent par retours d’expérience afin de s’adapter à la diversité des villes et de leurs populations.

Dates clés de la réforme

18 octobre 2017 : Emmanuel Macron présente les grandes orientations de la PSQ

28 octobre – 10 décembre 2017 : Le Ministère de l’intérieur ouvre une consultation sur les contours de la PSQ. Le FFSU a envoyé ses préconisations au Ministère.

Première quinzaine de février 2018 : début de l’expérimentation dans 15 villes pilotes

 

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